POURQUOI JE M'EN MÊLE ...

"NOUS SOMMES TOUS SOURDS QUAND CELA ARRANGE NOTRE BONHEUR. CELA REPOSE UN PEU DE NE PAS TOUT ENTENDRE" - Tahar Ben Jelloun

mardi 27 octobre 2009

LES AFRICAINS SONT CONDAMNES A LAVER L'AFFRONT DE DADIS CAMARA, LE FOU DE CONAKRY !

Il y a quelques mois, en mars de cette année plus précisément, je m’indignais de la solidarité coupable des pays africains ou plus exactement des dirigeants africains réunis au sein de l’Union Africaine, envers le régime génocidaire et despotique du soudanais Omar El Béchir. Alors que celui-ci venait de faire l’objet d’un mandat d’arrêt international de la CPI, ses pairs dont l’écrasante majorité est constituée de dictateurs violateurs des droits fondamentaux de leurs concitoyens, ont poussé des cris d’Orfraie et fait semblant de stigmatiser le « néocolonialisme » des Occidentaux. Comme si ce sont ces derniers, monsieur Ocampo en tête, qui avaient incité El Béchir à envoyer ses milices janjawid massacrer des civils innocents et brûler littéralement des villages entiers au Darfour. Sur ces massacres à grande échelle, les preuves abondamment recueillies sur le terrain permettent aujourd'hui d'avancer que la qualification pénale de « crimes contre l’humanité », à défaut de celle de « génocide », n’est plus discutable.

Avant cela, le 23 décembre dernier, vint un certain Moussa Dadis Camara, obscur capitaine de l’armée guinéenne, qui profita de l’expectative des hauts gradés après le décès du dictateur Lansana Conté, pour s’emparer du pouvoir. Discours décousu, français approximatif, celui qui cache mal sa haine pour les intellectuels et brandit pour toute compétence une intrigante formule « J’ai fait l’Allemagne », révèle en huit mois sa vraie nature : un voyou d’État. La fonction de Président de la République qu’occupe le patron de la junte militaire se révèle être une farce comme on n’en avait plus vu sur le continent depuis la chute d’un certain Idi Amin Dada qui dirigea l’Ouganda entre 1971 et 1979. Ivre de pouvoir, Dadis est lui-même procureur, juge et bourreau à ses heures : il traque les présumés détourneurs des deniers publics et narcotrafiquants, mène tambour battant leur procès devant les caméras de la télévision publique, annonce les verdicts et les jette en prison. Toujours devant les caméras, il interpelle, même sur la foi des rumeurs et d’actes de délation, des hauts fonctionnaires de l’État, les insulte publiquement et les démet de leurs fonctions avant de nommer sur-le-champ le premier courtisan qui lui tombe sous les yeux. En public une fois de plus, il n’hésite pas à humilier un ambassadeur européen, celui de l’Allemagne en l’occurrence, le traitant de tous les noms, car ne supportant pas que le diplomate lui ait rappelé sa propre promesse de ne pas se porter candidat aux prochaines présidentielles et de se retirer avant la fin de l’année en cours. Mais autant son faux patriotisme que son faux panafricanisme auraient pu faire diversion auprès de ceux qui, sur le continent, ont toujours choisi d’expliquer le malheur des Africains par la seule « conspiration » des Occidentaux. L’homme aurait réussi à susciter une certaine sympathie auprès d’une partie des nostalgiques du très valeureux Capitaine Thomas Sankara du Burkina Faso, homme de conviction et digne porte-parole d’une Afrique qui refuse de faire le lit du néocolonialisme extérieur et intérieur. Seulement, il y a eu le massacre du 28 septembre. Une manifestation pacifique, organisée par les partis d’opposition afin de rejeter une éventuelle candidature à la magistrature suprême du chef de la junte, a fini dans un bain de sang : plus de 150 morts selon des associations locales des droits de l’Homme et selon l’ONU, des viols en série, en plein jour et au cœur de la capitale, Conakry. Au cas où on n’aurait pas compris, Dadis Camara a révélé que pour s’accrocher au pouvoir, il ne ferait pas de quartier. Il ne reculerait devant rien, pas même devant ce même peuple dont il est convaincu être le sauveur « envoyé par Dieu ». S’il se mettait à choisir ses lieutenants politiques parmi des hommes de la trempe de Dadis Camara, Dieu aurait du souci à se faire pour gagner la guerre de la foi ici-bas. Mais laissons Dieu loin de ces basses affaires d’hommes, d’hommes avides de pouvoir.

Aussitôt les images du massacre portées sur les écrans des télévisions du monde entier, la CEDEAO, organisation sous-régionale dont la Guinée est membre mais dont elle a été suspendue – à l’instar de l’Union Africaine – a condamné fermement le crime. Le Président de sa Commission, Mohamed ibn Chambas, devait dénoncer une « militarisation du pays caractérisée par l’usage arbitraire et irresponsable du pouvoir pour réprimer la population ». Et d’ajouter : « Si cette junte passe en force, elle va imposer une nouvelle dictature (...) La CEDEAO et la communauté internationale sont aux côtés du peuple guinéen ». Dont acte. L’Union Africaine, si frileuse d’habitude, a fait savoir elle aussi au fou de Conakry qu’elle ne le couvrait pas. Il ne s’est pas trouvé de Mouammar Kadhafi – Président en exercice de l’UA – ni d’Abdoulaye Wade, ses deux « parrains » officiels sur le continent, pour se dresser contre l’ultimatum lui lancé par le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union afin d’annoncer officiellement sa non candidature aux prochaines élections présidentielles dont la date reste sujette à caution, comme lui-même en avait pris l’engagement au soir du 23 décembre 2008.

On sait depuis que Camara a botté en touche, cherchant à gagner du temps, puisqu’il a répondu qu’il souhaitait que la question de sa candidature soit portée à la liste des points à discuter avec l’opposition politique, sous la médiation du Président Burkinabè Blaise Compaoré. Il reste aux dirigeants Africains d’aller jusqu’au bout, de démontrer leur rectitude et surtout leur solidarité avec le peuple de Guinée, un peuple qui n’a connu qu’une suite de dictatures militaires depuis l’accession à l’indépendance sous un certain Sékou Touré. Les sanctions ne sauraient se limiter, comme ils l’ont annoncé jusqu’ici, à un simple embargo sur les armes, mesure dénuée de toute force contraignante effective, puisque de tous les protagonistes de la crise guinéenne, seule la junte militaire détient les armes et en détient déjà assez pour décimer tous ceux qui, politiquement, pourraient se dresser sur son chemin. Les mesures véritablement dissuasives devraient plutôt toucher aux visas de sortie et aux avoirs à l’étranger des membres de ladite junte, en attendant une enquête indépendante – souhaitée par l’ONU et évoquée par le Bureau du Procureur de la CPI - qui devrait rétablir les responsabilités au plan pénal sur le massacre du stade de Conakry.

Même si l’UE vient d'annoncer ce mardi 27 octobre qu'elle décidait d'appliquer les sanctions susmentionnées à l'encontre de quarante-deux personnalités des milieux du pouvoir à Conakry et que les États-Unis d’Amérique vont certainement leur emboîter le pas, il serait tout à l’honneur des dirigeants Africains de sauver l’image du continent et de faire comprendre au monde que l’ont peut être à la fois pourfendeur de « l’impérialisme » ou du « néocolonialisme » occidental et refuser de se faire complice des crimes commis contre une population civile longtemps brimée, qui ne réclame que le droit à la parole. Car parlant du procès en « néocolonialisme » fait aux puissances occidentales, peu d’Africains sont assez dupes pour ne pas savoir que ceux qui le brandissent sont souvent ceux-là mêmes qui en réalité en tirent les plus gros gains, le premier étant de se maintenir au pouvoir contre le gré de leurs peuples et avec la bénédiction de leurs « parrains » Euro-américains.

Ce qui reste de la crédibilité de l’Union Africaine se joue donc sur la manière dont les pairs de Moussa Dadis Camara auront démontré leur solidarité avec le peuple de Guinée. J’ose dire que depuis le massacre du 28 septembre 2009, tout Homme épris de liberté et respectueux de la dignité de son prochain est un Guinéen. En tout cas, je me sens Guinéen et parie que cet état d’esprit est, à divers degrés, partagé par bien des milliers de personnes de par le monde, pour peu qu’elles s’intéressent à l’actualité de ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest. Puisse la pression interne et internationale pousser à la sortie la junte dirigée par Camara, un ramassis d’aventuriers comme l’Afrique ne devrait plus jamais en connaître, une bande de mystificateurs ayant pour tout programme politique le despotisme et pour toute loi celle de la jungle !

Et si vous jugez que je ne suis pas tendre avec Camara, regardez ceci et trouvez une explication à la folie de cet homme :

dimanche 23 août 2009

ATTENTAT DE LOCKERBIE : QUAND KHADAFI "BALANCE" !


Ca s’appelle « balancer » ou en langage plus diplomatique, l’art d’embarrasser un allié de circonstance qui ne demandait qu’à avoir la paix avec son opinion nationale. Mais l’auteur du coup n’est pas connu pour sa réserve, tant sa verve en a fait baver, de l’autre côté de l’Atlantique. Et pas seulement chez les Suisses. Mouammar Kadhafi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est tout, sauf homme à se formaliser du politiquement correct. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’en rate pas une pour acculer les démocraties occidentales, si promptes à donner les leçons aux despotes mal éclairés des républiques bananières et autres califats obscurantistes et corrompus jusqu’à la corde, chaque fois que la dure loi de la « realpolitik » leur fait dire que la justice et les droits de l'homme sont solubles dans les affaires.

Dernier épisode en date : après la libération de l'auteur de l'attentat de Lockerbie, le président des États-Unis Barack Obama a demandé que celui-ci soit assigné à résidence et qu'il ne soit pas accueilli en héros. Peine perdue. Al-Megrahi a atterri à 14 H30 (heure d’Ottawa) jeudi à l'aéroport de Tripoli à bord d'un avion spécialement affrété par la Jamahiriya arabe lybienne. Il est sorti de l'avion avec Seif Al-Islam, un des fils du dirigeant libyen, qui lui tenait la main. Des centaines de personnes ont agité des drapeaux libyens et écossais, alors que des haut-parleurs diffusaient l'hymne national. Pour rappel, le héros du jour n’est autre que l’homme qui a été condamné en 2001 à la prison à vie avec une peine de sûreté de 27 ans pour son implication dans l'explosion d'un avion de la Pan Am, le 21 décembre 1988, au-dessus du village écossais de Lockerbie, attentat qui avait tué 270 personnes. L’accueil à Tripoli de l’homme par qui arriva naguère l’ostracisme sur le régime du Guide libyen est une scène qualifiée de "profondément affligeante" par le ministre britannique des Affaires étrangères du Royaume-Uni David Miliband.


Outrée, la diplomatie de Sa Majesté ? La réponse du fils du colonel Kadhafi, Seïf Al-Islam, n’emprunte pas la moindre note de la bien connue langue de bois à laquelle on serait attendue en la circonstance : selon lui, la libération d'Al-Megrahi était au coeur des contrats commerciaux conclus avec la Grande-Bretagne. "Dans tous les contrats commerciaux, de pétrole et de gaz avec la Grande-Bretagne, (M. Al-Megrahi) était toujours sur la table des négociations", a-t-il lâché dans une interview diffusée vendredi soir sur la chaîne Al-Motawassit (La Méditerranée) dont il est le propriétaire et qui venait d’être lancée. Si les choses n’étaient pas encore claires, le Guide lui-même se charge d’enfoncer le clou en recevant officiellement Al-Megrahi, vendredi soir. Et le Chef de l’État libyen de saluer "le courage" et "l'indépendance" du gouvernement écossais. Dans la foulée, il a aussi pris soin de remercier, à la télévision nationale, son "ami" Gordon Brown, le gouvernement britannique, la reine d'Angleterre et son fils le prince Andrew, représentant spécial des intérêts économiques du Royaume-Uni, pour avoir contribué à la décision écossaise. Du coup, la polémique enfle en Grande-Bretagne, la presse évoquant samedi le "marchange d'arrière-boutique" et la "collusion" entre Londres et Edimbourg. C’est dire si Khadafi a jeté un pavé dans la mare britannique. Le gouvernement Brown a aussitôt démenti les affirmations libyennes, un porte-parole du Premier Ministre alléguant qu’"il n'y a aucun arrangement". Trop tard : l'opposition britannique, notamment conservatrice, demande des comptes à Gordon Brown sur le rôle de Londres dans la libération. Elle est d’ailleurs échaudée par le fait que le ministre britannique au Commerce Peter Mandelson a reconnu samedi sur la chaîne Sky News avoir rencontré à deux reprises cette année le fils du leader libyen, qui avait soulevé "la question de la libération de M. Megrahi". Celle-ci "est entièrement une décision du ministre de la Justice écossais", a-t-il toutefois réaffirmé.


De son côté, Megrahi n’a de cesse de réitérer son innocence, notamment dans un entretien au quotidien The Times publié samedi, parlant d’ « erreur judiciaire » dont il serait victime. Âgé de 57 ans, atteint d'un cancer de la prostate en phase terminale, ce qui justifie que la justice écossaise ait décidé de le remettre en liberté pour raisons de santé, causant du même coup l’ire des familles des victimes qui elles se sentent flouées. Un sentiment que les supputations sur les dessous des cartes de ce énième épisode de la longue saga de "l’affaire de Lockerbie" ne peuvent que renforcer. Pour le moment, le scénario se passe de façon on ne peut plus classique, chacun jouant le rôle écrit pour lui : le régime libyen, si honni et pourtant si courtisé y compris sous l’embargo officiel décrété par l’ONU des suites de cette même affaire, trouve l’occasion trop belle pour ne pas snober ceux avec qui il a selon toute vraisemblance pactisé. Histoire de leur faire payer toutes les humiliations d’hier et de prouver aux opinions publiques occidentales qu’ils ont beau chanter le credo des droits de l’homme dans les grandes tribunes illuminés de mille feux par les medias du Nord, leurs dirigeants sont prêts à manger dans la main de celui-là même qu’ils qualifient de Diable, pour quelques barils de pétrole. Pour quelques milliards de dollars. De Pékin à Tripoli, c’est la même évangile, mélange d’hypocrisie et de couardise. Quant au régime britannique, il se défend au mieux qu’il peut, car il n’est guère bien vu de manger publiquement avec le Diable. Au 10, Downing street, on aurait tellement aimé que ce dernier la ferme, mais Khadafi n’en fait jamais qu’à sa tête, il faut le prendre ou le rejeter tel quel. Alors, on avale les couleuvres, on serre les dents en espérant de ne pas y laisser trop de plumes. Et le Guide lui, sous sa tente royale, boit son thé à la santé de Megrhahi qui n’aurait plus que trois mois à vivre. C’est bien le côté très peu reluisant de la politique telle que je l’abhorre et qui, je ne le sais que trop bien hélas, est l’arrière-cour de toutes les belles démocraties. Belles de loin, mais loin d’être aussi belles. Et pourtant, l'homme n'a pas encore inventé meilleur rêve, meilleur idéal en matière de gouvernement, que la démocratie. Comment manquerais-je le courage de le reconnaître, bon gré mal gré ?